La petite histoire de Rosina STOLLER

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Sur l'ensemble de ce site, un "clic" sur un "Prénom Nom" renvoie à la base de données de la généalogie.

Rosina STOLLER est née le 27 août 1864 à Frutigen, village du canton de Berne en Suisse, situé à 800 mètres d'altitude. Elle est le dixième des onze enfants du second mariage de Peter STOLLER avec Suzanne BRÜGGER.
Les STOLLER, de confession évangélique, parlent allemand ; ils sont installés de longue date dans ce village.
Aujourd'hui encore, on trouve des STOLLER à Frutigen qui compte 6700 habitants, en 2016.

Rosina a quitté son village natal sans laisser de trace. Cette disparition n'est pas datée, mais elle a été reconnue par le Président du tribunal de Frutigen en 1924 fixant une date arbitraire de son décès au premier janvier 1903.

Rosina était sans doute avide de liberté en quittant Frutigen, paradis montagneux ; elle passa une vie de labeur parmi les "gueules jaunes"*

 

En réalité, nous retrouvons Rosina en 1888, célibataire, dans la région de Vesoul en Haute Saône en compagnie de Jean Baptiste "Gio Batta" TOLLER. Ce compagnon Italien l'a sans doute "enlevée" sans contrainte lors de son passage en Suisse alors qu'il venait de Ségonzano, dans la province du Trentin en Italie, pour aller chercher fortune en France. Il faut noter que la région de Ségonzano appartient alors au Tyrol Autrichien. A cette époque, Rosina a 24 ans et Gio Batta 41ans (tout en prétendant n'en avoir que 34). Le couple semble fonctionner normalement, Gio Batta est terrassier tandis que Rosina ne travaillant pas met au monde une fille en 1888 répondant au prénom de Rose Suzanne. Cette enfant naturelle née hors mariage est cependant reconnue à la naissance par Gio Batta TOLLER qui lui donne son nom. Dix huit mois plus tard, le couple habite au Ban, section de Champagney, petite ville située à quelques kilomètres de Belfort. Gio est mineur de fond, tandis que Rosina, ménagère, met au monde une seconde fille qu'ils reconnaissent et prénomment Marguerite Francisque.

 

Malgré la charge de leurs deux enfants, le couple part s'installer à Dudelange au Luxembourg en 1891 ; ce sont les aventure minière et sidérurgique qui démarrent au Luxembourg et en Lorraine !

Le décès prématuré de Marguerite en avril n'entame pas la détermination du couple, puisque que Gio Batta et Rosina décident de se marier tout en légitimant leur fille Rose Suzanne alors âgée de trois ans. Gio est mineur à la mine de Dudelange.

La vie se poursuit normalement, Rosina ne travaille pas et met au monde le 23 janvier1893 une autre fille qu'ils prénomment Marie (ma grand mère). Gio Batta âgé de 46 ans est toujours mineur à Dudelange et Rosina âgée de 29 ans vit avec lui à Dudelange. Par contre nous perdons définitivement la trace de Rose Suzanne qui devrait avoir 5 ans.

 

C'est alors que survient un bouleversement. Quinze mois après la naissance de Marie et deux ans et demi après son mariage, Rosina met au monde Amélie le 05 avril 1894 dans des circonstances nouvelles puisqu'elle accouche à Thil, en Meurthe et Moselle**, au domicile d'Antoine MARIOTTI, un mineur de fond Italien avec qui elle réside. C'est Antoine qui déclare l'enfant à l'administration tout en précisant qu'Amélie a été conçue par Gio Batta TOLLER, mineur à Dudelange.

Dès lors, Antoine MARIOTTI et Rosina STOLLER vivront toujours ensemble. Le nom de Gio BattaTOLLER n'apparaitra que formellement dans les actes de naissance des enfants de Rosina, alors que nous n'aurons plus aucune trace de lui.

C'est ainsi qu'en décembre 1895, à l'occasion du recensement de la population, nous retrouvons, rue Langengrund à Rumelange au Luxembourg, Rosina âgée de 31 ans vivant seule avec ses deux filles Marie et Amélie, tenant une sorte de "foyer-pension" ... où Antoine MARIOTTI, mineur de fond, figure parmi les onze pensionnaires.

En 1896, Rosina met au monde Antoine TOLLER, "fils de Gio Batta TOLLER", déclaré par Antoine MARIOTTI. Le petit Antoine décèdera un mois et demi plus tard.

Puis le 30 juin1897 Rosina, âgée de 33 ans met au monde à Rumelange une autre fille qu'elle prénomme une nouvelle fois Marie, mais qui sera surnommée toute sa vie Rosalie ou Zaï. Gio Batta TOLLER est toujours désigné comme père de cette enfant qui porte son nom, mais il est toujours absent et sans lieu de séjour connu.

 

Une nouvelle étape est franchie lorsque le tribunal d'arrondissement de Luxembourg admet le divorce entre Rosina STOLLER et Gio Batta TOLLER par jugement rendu le trente et un janvier 1898 faisant suite au jugement interlocutoire rendu le 15 novembre 1897. La dissolution du mariage est prononcée le vingt trois juin 1898 à la mairie de Rumelange. A cette date Rosina habite toujours Rumelange alors que Gio Batta n'ayant pas répondu aux diverses convocations du tribunal et de la mairie, demeure sans profession, domicile ni résidence connus.

Il faut prendre avec prudence les motifs invoqués dans le jugement, puisque Gio Batta, absent n'a pas pu répondre aux différents reproches évoqués par Maître SCHAACK avocat de Rosina : "mauvais traitements les plus grossiers, injures par les expressions les plus outrageantes, état continuel d'ivresse, abandon volontaire et non justifié envers son épouse et ses enfants".

Le jugement de divorce a été rendu au profit Rosina, lui confiant les enfants issus du mariage.

En août de la même année 1898, Rosina met au monde Théophile Antoine Louis TOLLER qui décèdera quelques jours plus tard.

En février 1899, Rosina met au monde Valentin TOLLER né prématurément qui décède le jour même.

L'usine de Rumelange est moins romantique que Frutigen, mais génératrice de milliers d'emplois (vers 1915)

 

Le 5 octobre 1899, Rosina, enceinte de huit mois, épouse Antoine MARIOTTI, mineur de fond domicilié avec elle à Rumelange ; elle est âgée de 35 ans et Antoine de 38 ans. Quelques jours plus tard, le 27 octobre 1899, nait "Anton MARIOT" enfant légitime du nouveau couple.

Notons la fréquente germanisation de MARIOTTI en MARIOT, sur les actes rédigés en allemand, au Luxembourg annexé de cette époque.

En décembre 1900 un nouveau recensement est organisé à Rumelange où Rosina et Antoine habitent depuis sept ans. La famille demeure maintenant Grande Rue (Grosstrasse) et le titre de la famille est "pension-cantine" (Gastwirt) alors qu'Antoine est toujours mineur. On dénombre huit personnes dont une seule n'est pas officiellement domiciliée à cette adresse. Antoine, Rosina, Marie, Emilie, Rosalie et Anton sont tous Italiens et catholiques à l'exception de Rosina qui est évangéliste. La famille héberge Charles PERUTTO un pensionnaire âgé de 35 ans originaire de Glaud et Marguerite STEIN une domestique âgée de 30 ans originaire de Metz, mariée à un Italien absent.

C'est vers cette époque 1900-1901 qu'Antoine MARIOTTI quittera la mine pour se consacrer à son "café-pension", à Rumelange.

Durant ce temps, en mars 1901, Rosina MARIOTTI met au monde Berthe qui décède en août ; et en novembre 1902 une autre petite Berthe nait au foyer MARIOTTI à Rumelange. Ce onzième et dernier enfant de Rosina décèdera six mois plus tard.

La vie du couple Rosina-Antoine et de leurs quatre enfants se poursuit à Rumelange jusqu'aux environs de 1904, puis la famille part s'installer en France, à Villerupt, Meurthe et Moselle, où Antoine est tenancier d'un nouveau café. Il faut noter qu'à cette époque de forte immigration, et d'explosion industrielle, Villerupt compte plus de 80 cafés, entrainant de multiples excès, bagarres et délits de toutes sortes.

Cette nouvelle vie sera une nouvelle fois rapidement bouleversée avec le décès de Rosina STOLLER, le 7 septembre 1907 ; elle avait 43 ans.

 

Antoine MARIOTTI, resté seul, quitte Villerupt pour aller s'installer définitivement à Jarny, Meurthe et Moselle, où il tient un café pendant quelques temps. Puis, en 1910, âgé de près de 50 ans, sans doute pressé par la charge de sa famille nombreuse, il retournera à la mine. Il contribuera au creusement des puits de la mine de Droitaumont, pour la compagnie Schneider du Creusot, concessionnaire.

Chantier de construction d'une des "trois rues" de la cité ouvrière Schneider à Droitaumont, vers 1910

 

On dit qu'en 1911, Amélie, fille d'Antoine MARIOTTI, âgée de 17 ans, fut très intimidée d'ouvrir le bal d'inauguration de la mine, dans les bras de son directeur.

En bon père, Antoine donnera son nom à tous les enfants de Rosina qu'il élèvera seul. Puis, aidé par Rosalie et son mari Victor, ils élèveront plusieurs de ses petits-enfants. Tous garderont le souvenir d'un grand père affectueux et généreux. Il finira sa vie, rue du Champ Tortu, entouré de ses quatre enfants, et décèdera à Jarny le 29 juillet 1948, loin de son Italie natale.

Il repose seul, au cimetière de Jarny : Carreau T, tombe 10.

Vous, descendants de Rosina, si vous passez par là, allez dire merci à Antoine MARIOTTI, pour les valeurs qu'il a transmises jusqu'à vous, malgré les multiples difficultés physiques, matérielles et humaines qu'il a rencontrées au cours de sa longue vie de 87 années entrecoupée par trois guerres.

 

Des onze enfants de Rosina, seuls quatre survivront, dont deux, Marie et Amélie, auront une large descendance.

-Marie TOLLER donnera naissance, le 06 mars1910, à ma mère Rosine "Rose" née TOLLER à la maternité VAUBAN de Luxembourg-Ville, et aura trois autres enfants. Elle épousera Giacomo SCIARMELLA en 1923 ; les six membres de sa famille porteront son nom.

-Amélie "Mélie" TOLLER donnera naissance à Marcel TOLLER, le 09 juillet 1911, qui décèdera à l'âge de deux mois. Puis elle épousera Osvaldo POLO, ils auront six enfants et passeront leur vie à Jarny, 14, rue du champ Tortu en Meurthe et Moselle.

-Marie "Rosalie" TOLLER épousera Vittorio SANTIN, ils n'auront pas d'enfant et passeront également leur vie à Jarny.

-Antoine MARIOT (fils) vivra avec ses deux soeurs jusqu'à l'âge de 40 ans, se mariera et n'aura pas d'enfant.

 

Il subsiste une énigme relative à cette histoire :

Qu'est devenu Jean Baptiste TOLLER dont nous perdons la trace vers 1893. Où est il décédé ? est il reparti en Italie ?
Il en va de même pour sa fille aînée Rose Suzanne TOLLER, née en 1888, citée en 1891, dont nous perdons également la trace vers 1893. Est-elle décédée avant 1895, ou a-t-elle disparu avec son père vers 1893.

Je ne manquerai pas de compléter cette histoire en fonction de mes recherches à venir.

 

Quelques compléments généraux et familiaux

Les mines de Dudelange "Terre Rouge" ont été exploitées de 1880 à 1960 environ. La décennie 1880-1890 a été marquée par un développement inouï de cette région. Les nombreuses concessions minières et les installations sidérurgiques ont nécessité l’importation massive de main d’œuvre essentiellement polonaise et italienne. De minuscules villages agricoles se sont transformés en cités du fer et ont vu leur population augmenter de façon considérable.

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Les mineurs à Dudelange vers 1900 ; Gio Batta TOLLER est peut être parmi eux ?

Acte de mariage de Rosina et Jean Baptiste du 20 octobre 1891 à Dudelange. Gio Batta est né le 13 janvier 1847 à Segonzano, un village de la vallée de Cembra situé dans la province de Trento.Cette région de l'Italie du nord est alors Autrichienne en cette fin de 19ème siècle.

Le quartier italien à Dudelange vers 1900.

L'Hôtel de ville en 2006

Forte en 2016 de ses 20 000 habitants, la ville, qui a réussi sa reconversion sidérurgique, est la quatrième ville du Luxembourg.

La rue d'Esch sur Alzette ou "Laangegronn", à Rumelange, où Rosina tenait une pension pour les mineurs italiens en 1895.
Rumelange qui était un simple bourg avant l'aventure minière, a été élevé au rang de ville (ville des Terres Rouges) en 1907 par Guillaume II, roi des Pays Bas et grand duc du Luxembourg.

La Grande Rue aujourd'hui où vécurent également Rosina et Antoine.
La ville compte 5400 habitants en 2016..Ru;e

Sur le recensement de 1895 à, on note pour le foyer de Rosina STOLLER, la présence de onze pensionnaires (Kostgänger) masculins dont Antoine MARIOTTI et de deux autres hommes hebergés (Schlafgänger).

Thil, en Meurthe et Moselle fut un village-frontière avec l'Allemagne entre 1871 et 1918.
Deux mines seront exloitées sur son territoire :
La Mine de Tiercelet entre 1886 et 1965.
La Mine de Micheville-Bréhain entre 1896 et 1981.
Le minerai de Thil alimentait les hauts fourneaux de Villerupt, situés à deux kilomètres.

Café-cantine à Thil vers 1900 avec ses locataires, en majorité des célibataires immigrés d'Italie.

La mine "Walert" à Rumelange. Les mines du Luxembourg ont fonctionné de 1870 à 1975 environ.

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Le Musée National des Mines Luxembourgeoises se situe près et dans la mine Walert qui a été exploitée de 1890 à 1963. La visite permet de juger en situation de la vie des mineurs aux différentes époques, tel ce mineur, en 1900, forant le minerai à la main.

Mine de Micheville

Rue Carnot vers 1910

Villerupt est une petite ville du Pays-Haut lorrain**, situe à deux kilomètres de Thil.
Les nombreuses concessions minières voisines ont favorisé l'éclosion d'installations sidérurgiques qui ont nécessité une importante main d’œuvre essentiellement polonaise et italienne.
C'est ansi que la population passe de 1500 habitants en 1880 à près de 10 000 en 1910 (la même qu'en 2016).

C'est dans ce contexte florissant qu'Antoine et Rosina tiennent l'un des nombreux cafés, vers 1905.

Cet Eldorado lorrain s'est éteint progressivement à partir des années 1960 dans une grave crise sidérugique due en partie de la pauvreté en fer de la "minette" lorraine.

Depuis 1976, les descendants des "gueules jaunes" retrouvent le goût de l'Italie à travers le Festival du film italien de Villerupt.

Mine de Droitaumont

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Famille d'Antoine

La découverte de minerai de fer à Jarny a amené beaucoup de main d’œuvre dans la ville dont le nombre d’habitants a largement augmenté, passant de 900 habitants en 1906 à 3400 en 1911 (8300 en 2016)
Des cités ouvrières sont alors bâties dans les quartiers de Droitaumont et Moulinelle.
La mine de Jarny a été exploitée de 1909 à 1983 ; la concession appartenait à la Société des Hauts Fourneaux de Maubeuge-Nord.
La mine de Droitaumont a été exploitée de 1911 à 1986 ; la concession appartenait à la compagnie Schneider qui deviendra plus tard une filiale du groupe du Creusot-Loire.
C'est dans cette mine qu'Antoine MARIOTTI, âgé de 50 ans est contraint de redescendre en 1910, après le décès de Rosina.

Photo prise vers 1933, rue du Champ Tortu, à Jarny, dans le quartier Moulinelle. Les adultes sont, de gauche à droite : Antoine, fils d'Antoine ; Rosine "Rose" et Louise, filles de Marie TOLLER ; Germain GAUDEL, époux de Rosine ; Osvaldo POLO, époux d'Amélie TOLLER ; Marie "Rosalie" TOLLER.
Les trois fillettes sont Angèle, Yvette et Huguette, enfants d'Amélie TOLLER et d'Osvaldo POLO.

Antoine MARIOTTI vers 1945 chez ses enfants au 14, rue du Champ Tortu à Jarny en Meurthe et Moselle.

Il était né le 29 mai 1861 à Longarone, Bellune, Italie.

Communion de mon frère Bernard GAUDEL, arrière-petit-fils de Rosina, en 1948 à Nancy, 82 boulevard de la Pépinière (aujourd'hui boulevard du 26è R.I.).

Marie TOLLER, épouse SCIARMELLA, née en 1893, fille aînée de Rosina, se tient à droite devant son mari Giacomo et à côté de sa plus jeune fille, Domenica Elvire "Nina". Ses deux autres filles, Louise et Rosine "Rose" sont à gauche. Seul Jacques "Nino" est absent, probablement pour cause de service militaire

Amélie TOLLER, épouse POLO, née en 1894, est la seconde fille de Rosina.

Photo de leurs six enfants, vers 1955.

 

* C'est ainsi que l'on surnommait les mineurs des mines de fer, par opposition aux "gueules noires" des mines de charbon, et aux "gueules rouges" des mines de bauxite.

** Le "Pays Haut" de la Meurthe et Moselle regroupe principalement des communes allant de la frontière luxembourgeoise jusqu'à Briey. Sa ville la plus importante est Longwy. Ces communes appartenaient au département de la Moselle avant l'annexion de 1871 à 1918. Demeurées françaises, elles ont participé, avec l'ancien département de la Meurthe, à la création en 1871, d'un nouveau département : la Meurthe et Moselle.

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