La grande famille de tous les GAUDEL

Henri GAUDEL, Conteur Lorrain

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Henri Marie François GAUDEL appartient à la branche de Taintrux.

Je remercie vivement monsieur Pierre LABRUDE, Professeur à la faculté de pharmacie de Nancy, Historien de la pharmacie, auteur de nombreux articles et conférences,

qui nous propose aimablement une biographie aussi passionnante que précise de cet étudiant en pharmacie devenu écrivain.

C'est en accord avec l'auteur, que j'ai intégré quelques images à son texte.

Henri Gaudel (Bruyères, 1879 – Bayon, 1954),

homme de lettres et conteur lorrain

 

Pierre Labrude

 

 

Les Journées d’études meurthe-et-mosellanes 2012 ont eu lieu à Bayon au Centre culturel Henri Gaudel. A l’issue d’importants travaux de rénovation de la salle des fêtes et sa transformation en centre culturel, le nom de cet homme de lettres lorrain, domicilié à Bayon pendant des décennies, lui a été attribué par une décision du conseil municipal en date du 7 décembre 20101. Si, comme il est normal, plusieurs notices biographiques ont été consacrées à Henri Gaudel au moment de son décès en 1954 puis ultérieurement2,3,4, et si sa mémoire perdure heureusement à Bayon au travers de ce centre, il est sûr que nombre de ses « concitoyens d’aujourd’hui » ignorent tout de sa vie et de son œuvre.

 

Par ailleurs, si son activité littéraire est dans l’ensemble bien connue, certains aspects de son existence, comme son parcours inachevé d’élève en pharmacie à Nancy et ses années de services militaires en Lorraine, sont presque toujours succinctement mentionnés, souvent en partie erronés, voire ignorés. Cette étude a donc pour objectif de faire redécouvrir la vie, la personnalité et l’œuvre d’Henri Gaudel, sans toutefois prétendre à l’exhaustivité ni à l’exactitude absolue, car les notices et documents qui le concernent comportent diverses imprécisions et incohérences parmi lesquelles il n’est pas aisé de se retrouver.

 

La famille d’Henri Gaudel   

 

Henri François Marie Gaudel naît à Bruyères, dans le département des Vosges, le 11 avril 1879. Il est le fils d’Emile Nicolas Gaudel, né le 6 septembre 1842 dans cette bourgade, et de son épouse Marie Alida Masselot, née le 17 septembre 1852 à Châtenois, à l’autre « extrémité » du département. Ils s’y sont mariés le 26 janvier 1874. Un premier fils, Jean Marie Louis Joseph, est né à Bruyères, où exerce Emile Gaudel, le 12 novembre 18755,6.

 

Pour sa part, Emile Nicolas Gaudel est le fils de Jean-Baptiste Théodore Gaudel, lui aussi natif de Bruyères, le 7 février 1808, qui y a épousé Marie-Louise Villemain, native de la localité, le 29 septembre 1819. Ils se sont mariés à Bruyères le 23 novembre 18406. Jean-Baptiste Gaudel a poursuivi des études de pharmacie et s’est installé à Bruyères où il est le seul pharmacien7. L’officine me semble se trouver au début de la Grande Rue, à gauche, quand on se dirige vers la place Stanislas. Le couple a deux fils.

 

Emile Nicolas, après son baccalauréat, s’engage dans la carrière pharmaceutique et, à l’issue de son stage, sans doute effectué dans la pharmacie paternelle, s’inscrit à l’école supérieure de pharmacie de Strasbourg8. Les archives de la faculté de pharmacie de Nancy disposent d’une fiche relative à la scolarité d'Emile à Strasbourg, où sont mentionnés ses quatre examens de fin d’études, passés en juillet, août et décembre 1866, où il est successivement admis avec « indulgence », « satisfaction », « sans mention particulière », et, « avec satisfaction ». En effet, à cette époque, les notes chiffrées n’existent pas. Il est reçu pharmacien de première classe le 22 décembre 18669 et il s’installe avec son père à Bruyères. Il est douteux qu’il lui succède immédiatement comme titulaire, et ils exerceront ensemble longtemps comme le mentionnera plus tard Henri10. Selon le site internet consacré à la famille11 et la communication qui m’en a été faite par M. Gérard Gaudel, Jean-Baptiste Gaudel est décédé le 18 décembre 1891, ce qui ne me semble pas pouvoir correspondre à ce qu’indique Henri sur son apprentissage à la pharmacie12. Revenons donc à lui.

 

Les études secondaires et le stage en pharmacie

 

A l’issue de ses études primaires, très certainement effectuées à Bruyères, Henri Gaudel suit le cycle des études secondaires classiques chez les Pères du Saint-Esprit au collège Saint-Joseph d’Epinal, comme il l’a mentionné dans sa biographie13. Bachelier de l’enseignement secondaire classique (lettres et philosophie) à Nancy en 1897 comme le précise sa fiche d’élève à l'école supérieure de pharmacie de Nancy14, il entreprend des études de pharmacie. A l’époque, et comme pour son père, elles comportent, pour le diplôme de première classe qui nécessite la possession du baccalauréat, trois années de stage suivies d’un examen de validation, et trois années d’études dans une école supérieure ou une faculté mixte.

 

Dans le texte publié dans le Bulletin de l’Association des anciens étudiants de la Faculté de pharmacie de Nancy en 1930 et intitulé « Quand j’étais potard… »15, Henri indique qu’il a fait son « stage à la pharmacie paternelle » où il « y avait à ce moment trois potards, mon grand-père, mon père, et moi, l’apprenti », qu’un certain client n’avait pour ses « dix-sept ans qu’une considération très limitée » et qu’il demandait toujours à voir « le vieux », c’est-à-dire son grand-père. Cette scène peut s’être passée en 1896, d’où l’âge mentionné et le terme d’apprenti. Henri n'est en effet pas officiellement stagiaire en vue du diplôme de 1e classe puisqu'il n'est pas encore bachelier. Néanmoins, à ce moment, en 1896, cette situation peut expliquer qu’Henri a pu passer son examen de validation à Nancy le 3 novembre 1899. Sa fiche indique qu'il est reçu avec la mention « passable », ce qui est modeste pour un fils de pharmacien, de surcroît vice-président de la Société de pharmacie des Vosges16. Cependant, il est impossible que cette scène ait eu lieu en présence du grand-père, c'est-à-dire avant son décès en 1891, quand Henri avait 12 ans et était trop jeune pour être stagiaire ! Cela fait partie du roman d'une vie d'homme de lettres...

 

Le service militaire à Epinal

 

Henri Gaudel interrompt en quelque sorte ses études de pharmacie le 11 novembre 1899 en s’engageant pour trois années au 149e régiment d’infanterie d’Epinal. Beaucoup d'étudiants font comme lui. En effet, la loi du 15 juillet 1889 sur le recrutement de l’armée prévoit un service actif de trois années. Mais celui-ci est réduit à une année, et même moins, pour de nombreux jeunes gens qui se trouvent dans certaines situations particulières et pour les étudiants et les élèves de certaines facultés et écoles, à condition qu’ils en fassent la demande. La liste figure dans l'article 23 de la loi et les études en vue du diplôme de pharmacien de 1e classe y sont mentionnées.

 

Henri Gaudel est incorporé le même jour, sans doute à la caserne Courcy de Chantraine. Il est qualifié de « stagiaire en pharmacie », ce qu’il n’est plus réellement, bien qu’il ne soit pas encore inscrit à l’école de pharmacie. D’une taille de 1,75 m, il a les cheveux chatain foncé, les yeux bruns et le visage ovale. Il est « mis en congé » le 22 juillet 1900, soit au bout de huit mois, avant son passage dans la réserve, qui a lieu le 11 novembre 190217.

 

Les études de pharmacie interrompues

 

Henri prend sa première inscription trimestrielle de 1e année le 7 novembre 1900 et la quatrième le 10 juin 1901, mais il est ajourné aux examens de fin d’année, tant à la première session en juillet 1901 qu’à la seconde en novembre. Il ne prend pas d’autre inscription, et sa fiche d’élève mentionne qu’il « cesse en novembre » 190218. Il a donc effectué quatre années d’études sur six et validé trois de celles-ci.

 

Dans la biographie écrite à l’occasion de sa candidature à l’Académie de Stanislas de Nancy en février 192319, il a mentionné qu’il avait arrêté ses études en raison de la mort brutale de son père et de la vente « inévitable » de la pharmacie. Je ne crois pas complètement à ces arguments. En effet, son père est décédé le 12 janvier 190420, ce qui a entraîné un changement de titulaire mentionné par l’Annuaire des Vosges dans son édition de 1905. Si Henri avait doublé sa première année immédiatement après son échec et poursuivi ses études avec succès, il aurait été diplômé au cours de l'année 1904. Par ailleurs la pharmacie aurait pu être mise en gérance pendant les quelques mois nécessaires à l'aboutissement de ses études. Il lui était enfin loisible d’acquérir une autre pharmacie, d’autant que, pour celle de sa famille, il lui aurait fallu racheter la part de son frère…

 

Je crois plutôt qu’Henri ne se sentait pas attiré par le métier de pharmacien. Ceci peut expliquer le modeste résultat obtenu à l’examen de validation de stage pour lequel un fils et petit-fils de pharmacien se devait, sinon de briller, du moins d’être reçu haut la main, ne serait-ce que pour faire honneur à l’officine familiale et à la préparation à l’examen dont son père était responsable… Ceci peut aussi expliquer l’échec aux examens de 1e année. Peut-être avait-il subi de la part de sa famille une pression, même inexprimée, qui l’avait conduit à s’engager dans cette carrière, ce qui est classique ; peut-être même en avait-il fait la promesse, ce qui est tout aussi classique et encore valable de nos jours…

 

En dépit de ce changement majeur d’orientation, Henri Gaudel n’a pas oublié la pharmacie, puisque plusieurs décennies plus tard, en 1929-1930, il a répondu favorablement à la demande d’envoi d’un texte destiné au bulletin de l’Association des anciens étudiants, exprimée par son ami Léon Thiriet. Il a aussitôt adhéré à l’association, et le bulletin a publié seize de ses histoires et saynettes lorraines21. C’est plus que Le Pays lorrain... Parmi ces histoires, trois évoquent la pharmacie et le médicament. L’une, intitulée « La jaune et la verte », décrit l’interversion d’attribution et d’application du remède jaune et du remède vert à son destinataire attendu, et bien sûr l’apparition d’effets indésirables regrettables..., l’autre, « La Phrasie a des chaurées » évoque certains remèdes populaires, puis la proposition par le pharmacien des célèbres « Pilules Pink pour personnes pâles… ». La troisième enfin, « Les dragées de Vénus », traite d’un thème éternel, l’amour, et de ses difficultés...

 

C’est certainement pour effectuer ses études supérieures qu’Henri s’installe 33 rue Sainte-Catherine à Nancy en 1900, sans doute en fin d’année et sans que je puisse être plus précis en raison de l’écriture peu lisible de sa fiche matricule militaire22. Selon ce document, il déménage le 21 août 1903 pour le 8 de la rue Sainte-Marie, l'actuelle rue Victor Prouvé.  Il reste à cet endroit jusqu’à début de février 1908, moment où il part pour Paris et où il a pour adresse le 72 de la rue Claude-Bernard. Il revient en Lorraine et s’installe à Bayon, qu’il ne quittera plus, en 191023.

 

Les débuts de la carrière littéraire

 

Ayant abandonné la carrière pharmaceutique, Henri Gaudel se tourne vers les Lettres. Les notices qui lui sont consacrées indiquent qu’il a préparé une licence de lettres à Nancy. Cette assertion me semble fausse. En effet, dans la biographie qu’il a rédigée en vue de son admission à l’Académie de Stanislas24, il a seulement indiqué : « je me suis dirigé vers les lettres ». Il ne m’a pas été possible de trouver son nom parmi ceux des licenciés, dans les Compte rendus des séances de rentrée de l’Université de Nancy depuis l’année de son baccalauréat jusqu’en 1920. A l’époque, au cours de ces séances, le doyen indique quelle a été l’activité de la faculté dont il a la charge au cours de l’année universitaire précédente, et, en particulier, quelle a été l'importance de la collation des grades. Cette observation est corroborée par le fait que le dossier constitué en vue de l’admission d’Henri dans la Légion d’honneur25, ne fait état que du grade de bachelier ès-lettres.  

 

Henri Gaudel devient écrivain, conteur, également journaliste. Pour connaître l’intégralité de sa production, il faudrait dépouiller les journaux régionaux et de nombreuses revues locales, estudiantines et politiques, vosgiennes et meurthe-et-mosellanes, dont certaines n'ont été qu’éphémères. Dans la biographie déjà citée, il indique des articles de jeunesse dans Bruyères républicain et dans l’Union démocratique de Vesoul. Il s’agit donc là d’une « approche » du journalisme politique. Il a pu en effet être tenté par la politique comme en témoigne une dédicace à M. Abel Ferry, député des Vosges, publiée dans l’ouvrage Les Vosgiens célèbres26 : « hommage respectueux d’un républicain de Bruyères ». Il publie aussi des « fantaisies » - c’est lui qui utilise ce mot – dans Nancy universitaire, le bulletin des étudiants, vers 1902, ainsi que des articles, des contes et des nouvelles à Nancy dans La Vie lorraine illustrée en 1903, et dans Scoenia à Malzéville en 1913. C’est au cours de cette année qui précède la guerre que paraît son premier roman, Désiré Beaudru.

 

Les activités dans la réserve de l’Armée et la Grande Guerre

 

Henri a sans doute omis de signaler à l’administration militaire qu’il n'a pas poursuivi ses études de pharmacie car son registre matricule27 mentionne qu’il est convoqué au titre des sections d’infirmiers militaires (SIM) pour les exercices prévus par la loi de 1889. Ces sections gèrent en effet les personnels non officiers du Service de santé. La première période à laquelle il est convoqué pour quatre semaines, a lieu en août et septembre 1902 dans le cadre de la 7e SIM de Dole qui administre les personnels du 7e corps d’armée dont dépendent alors les troupes stationnées dans les Vosges. Les suivantes, dans la même unité, se déroulent en août et septembre 1905 et 1908. Lorsqu’il s’installe à Bayon en 1910, il est rattaché à la subdivision de Nancy le 5 octobre 1911 et il est pris en compte par la 23e SIM, unité du 20e corps d’armée de Nancy, mais qui est en garnison à Troyes, qui le convoque pour un exercice d’une semaine, du 27 mai au 4 juin 1914.

 

Henri Gaudel appartient à l’armée territoriale depuis le 1er octobre 1912 et il est rappelé à l’activité le 1er août 1914. Arrivé le lendemain à son corps, non précisé par son répertoire matricule et sans doute la 23e SIM, vraisemblablement employé comme infirmier ou brancardier, il passe devant la commission spéciale de réforme à l’hôpital militaire de Toul le 23 octobre 1914 et est placé en position de réforme n° 2, c’est-à-dire sans pension, en raison d’une grave affection squelettique. Il reste néanmoins maintenu en activité pendant l’année 1915. Il n’est libéré du service militaire que le 10 novembre 1917 et ne se trouve définitivement rayé des listes que le 11 novembre 1924.

 

La carrière littéraire

 

La longue carrière littéraire d’Henri Gaudel est jalonnée de romans, de contes et saynètes lorraines et d’oeuvres destinées au théâtre, en particulier des opérettes. Les titres en sont bien connus et figurent dans diverses tables. Il convient cependant de les rappeler et d’en esquisser ensuite une brève analyse, en commençant par les romans.

Son premier ouvrage est Désiré Beaudru, roman lorrain édité en 1913 chez Grasset à Paris, et qui connaît rapidement une seconde édition. Lui succède Mademoiselle Léocadie, ensemble de contes et de nouvelles, qui paraît en 1914 chez Thomas à Malzéville. La Grande Guerre interrompt l’édition, et c’est en 1922 qu’est publié Véronique, légende des temps du Christ, par les soins du grand éditeur nancéien Berger-Levrault. Puis viennent En écoutant les gosses (1929, contes et nouvelles de Lorraine, Rigot, Nancy), Histoires de chez nous (1931, même thème et même éditeur), Le Grand Jules (1934, roman lorrain, même éditeur), La Fine (1938, idem), Mirabelle (1947, Rigot et Le Livre de France), Le Rouquin (slnd, 1949, idem) et enfin L’Irma dont je n’ai pas trouvé l’éditeur ni l’année d’édition. Plusieurs font l'objet d’une présentation dans Le Pays lorrain sous des plumes célèbres : Emile Nicolas, Charles Sadoul ou Maurice Pottecher.

 

Cinq de ces dix ouvrages sont distingués par des prix28. Désiré Beaudru est couronné par le Prix du Couarail en 1913 ; Véronique reçoit le Prix « Stanislas de Guaïta » de l’Académie de Stanislas en 192229,30 ; Histoires de chez nous, le Prix Erckmann-Chatrian, « le Goncourt lorrain »31, en 1933 ; La Fine est honorée par un prix de l’Académie française en 1938 ; et enfin L’Irma reçoit le Prix « Stanislas de Guaïta » de l'Académie de Stanislas en 1952, cette fois en partage32.

 

Henri Gaudel est élu en qualité d’associé-correspondant de l’Académie de Stanislas le 16 mars 192333, l’année qui suit l’attribution du Prix « de Guaïta », comme cela est souvent le cas pour les lauréats. Son décès en 1954 est signalé dans sa Table34. J’ai néanmoins été étonné de constater qu’il n’a présenté aucune communication aux séances de cette compagnie qui l’a rapidement distingué et accueilli. Il est également membre de l’Association des écrivains lorrains, et son président est présent lors de sa réception dans la Légion d’honneur, que j’évoquerai plus loin.

 

"Le truc de Bidasse" ; manuscrit d'Henri Gaudel

Les contes, saynètes et histoires de notre région sont nombreux. La liste en est longue et assez délicate à établir car ces oeuvres ont assez souvent été publiées à plusieurs endroits et à des moments différents, cependant que certaines sont présentées tant comme oeuvre de théâtre que comme histoire destinée à la lecture.

La liste donnée sur internet par la mairie de Bayon35 les destine toutes au théâtre et en dénombre quinze : Célestin, Mon canard, Haut les mains, Le truc de Bidasse, Le million du Batisse, Célibataire sans enfants, Bidouille et Rigodon, Une femme coupée en morceaux, Avant et après, Le Coliche a été au dispensaire, On n’est pas r’gardant, Le Batisse veut divorcer, Le nonon Jules est décédé, Les mâmiches, et enfin Adélaïde et Bécasseau. Ces oeuvres sont présentées au casino et au grand théâtre de Nancy ainsi qu’à celui de Lunéville.

 

Le Pays lorrain accueille ces contes et histoires dans ses pages à partir de 1913 avec Coliche, histoire de chez nous. Puis paraissent successivement La gourde, La folle, La tentation de Jean Cremel, Not’ Arsène va passer son certificat, La sixième tranche, Avant... et après..., Le poreau, Salut ô mirabelle, On n’est pas r’gardant, Les mâmiches, Le Coliche a été au dispensaire, Le Batisse veut divorcer, et enfin, en 1954, Le vieux cocher, d’une lecture émouvante. Au total, quatorze productions, la plupart très courtes, se trouvent dans notre grande revue régionale et sont signalées dans ses tables36,37,38. Comme déjà indiqué, un nombre assez élevé est adressé au Bulletin de l’Association des anciens étudiants de la Faculté de pharmacie de Nancy entre 1929 et 1938, lorsqu’en Henri Gaudel renoue avec la pharmacie et s’inscrit à l’association à laquelle il envoie chaque année une ou plusieurs histoires39. Plusieurs de celles-ci ne figurent pas dans les deux listes précédentes et sont peut-être moins connues ; certaines faisaient sans doute partie de recueils déjà publiés et certaines devaient au contraire encore être inédites. Nombre de ces oeuvres ont été citées dans la notice nécrologique que Le Pays lorrain consacre à Henri à son décès en 195440.

Le mot Mirabelle se retrouve à plusieurs reprises. C’est à la fois un poème, Salut ô mirabelle, paru dans Le Pays lorrain en 1936, et la chanson de la Première fête de la mirabelle, à Bayon, la même année.

 

Cliquer pour déguster "Le savarin de la Zébie", nouvelle parue dans le bulletin n° 23 de 1935-1936 des anciens étudiants de la faculté

 

La vie personnelle et professionnelle

 

La maison du 29, rue de La Gare à Bayon

 

Henri s’installe à Bayon en 1910 et c’est dans cette localité qu’il rencontre sa future épouse, Madame Alice Conus, née Grandjean, veuve de Charles Joseph Conus. Elle réside presque en face de chez lui et a une fille, Christiane, née le 16 février 1907. Christiane Conus portera le nom de son beau-père41. C’est en effet sous le nom de scène Christiane Gaudel qu’elle effectue sa carrière de cantatrice à L'Opéra-Comique et qu’elle enregistre sa discographie. Ayant débuté en novembre 1933, elle meurt en 195742.

 

Après leur mariage, célébré à Bayon le 30 août 191143, Henri et Alice Gaudel résident dans une belle propriété au 29 rue de la Gare. Henri y écrit ses ouvrages cependant qu’Alice donne des leçons de musique. D’autres activités les occupent cependant. La propriété abrite un atelier de dentellerie et de broderie d’art44, mais aussi m’a t-on dit, de confection. Henri est, pendant nombre d’années, correspondant et rédacteur dans des journaux locaux et régionaux : L’Indépendant de Lunéville et L’Est républicain en particulier. D’autres noms de feuilles auxquelles il collabore, sans doute essentiellement pour ses oeuvres littéraires, figurent dans les notices : L’Eclair de l’Est, L’Est illustré, La Revue de l’Ecole lorraine, Santé, force et beauté. La recension complète reste à établir.

 

Les personnages d’Henri Gaudel sont les témoins de la vie et des activités de chaque jour dans nos villages lorrains d’autrefois45,46. On y trouve tous les gens, les petites gens, dans le bon sens du mot, ceux dont la vie reste humble, généralement tranquille et seulement marquée par les modestes événements de la vie agricole, de la campagne, du village ou du chef-lieu de canton. La famille, les problèmes du couple et des enfants, le train de culture, la guerre qui n’est pas si ancienne, la chasse, y sont présents. Ces thèmes et ces scènes nous séduisent encore aujourd’hui par leur verve et leur truculence, par leur bon sens et par leur amour de la vie ; ils nous amusent comme le braconnier qui ridiculise les gendarmes, mais ils nous émeuvent aussi comme Bosco, le bossu si souvent écarté mais qui se révèle un brave, ou La Fine que l’existence n’épargne pas... Ces personnages et cette oeuvre nous rappellent ceux d’Emile Chenin (Emile Moselly), de Georges Chepfer et de Fernand Rousselot, le conteur de Lunéville à la carrière si proche de la sienne.

 

Les activités associatives et « militantes »

 

Henri Gaudel donne beaucoup de son temps à des activités qui peuvent être qualifiées de patriotiques, d’éducatives et, presque, de politiques. Il est le président de la section cantonale des Pupilles de la Nation47 et, dans ce cadre, il accepte la tutelle de pupilles et il en aide moralement et matériellement d’autres48. Il est aussi délégué cantonal49, et il préside un moment la délégation. Localement, dans sa bourgade de Bayon, et dans le contexte de son activité au profit des écoles, il se dévoue pour la vente des timbres antituberculeux et fait des dons aux établissements. Il préside la prévoyance scolaire du canton et rend des services aux oeuvres post-scolaires. Il est également membre du bureau de bienfaisance. Auteur et conférencier, il écrit dans les journaux républicains50.

 

C’est à tous ces titres et pour trente-quatre années de services civils et militaires qu’il est nommé au grade de chevalier de la Légion d'honneur en 1933 au titre du ministère de l’Education nationale. Il est reçu dans l’Ordre le 24 avril, et c’est Fernand Rousselot qui lui remet ses insignes à Bayon51. Au cours de la même cérémonie, il est proclamé lauréat de la Société Erckmann-Chatrian pour l’année 1933, par son président Georges Sadler. Ses activités lui avaient déjà valu plusieurs distinctions : officier d’Académie depuis 1913 et officier de l’Instruction publique depuis 192252, il avait aussi reçu une lettre de félicitations du ministère de l’Instruction publique et une plaquette de l’Office national des pupilles53.

 

Il n’est pas impossible qu’il soit resté lié à la vie politique, comme dans sa jeunesse, même si je n’en ai pas trouvé mention. Il est demeuré un républicain54 comme le montrent ses fonctions de délégué cantonal. Il en était sans doute de même pour son frère Louis sur lequel il est intéressant de mentionner quelques éléments biographiques55. Un peu plus âgé qu’Henri puisque né en 1875, il effectue une très brillante carrière dans la magistrature. Celle-ci le conduit à la cour d’appel de Paris en qualité de substitut général, d’avocat général puis de procureur général de Paris. Au début du mois de juin 1936, Marc Rucart56,57, député des Vosges (Epinal), nommé garde des Sceaux et ministre de la Justice, le choisit comme directeur de cabinet. Brillant orateur, fin lettré et historien de la Révolution, Louis Gaudel meurt à Paris le 10 février 1937.

 

D’une santé délicate, malade et voûté, Henri Gaudel décède à Bayon le 14 juillet 1954, à l’âge cependant respectable de soixante-quinze ans.

 

Conclusion

 

Henri Gaudel laisse le souvenir d’un homme de lettres, d’un romancier et d’un conteur qui a su observer puis décrire avec talent l’existence des humbles de notre terroir lorrain. Son oeuvre a la même saveur que celle de son ami Fernand Rousselot, et, en dépit des années, la lire ou l’entendre continue à ravir et à émouvoir ceux qui ont connu nos campagnes d’autrefois et la vie simple et paisible, mais pas toujours facile, qui s’y déroulait. Il laisse aussi le souvenir d’un homme qui a porté une grande attention aux autres, aux humbles et aux enfants, et qui s’est largement dévoué pour eux. C’est considérable.

 

La tombe familiale Conus Grandjean Gaudel à Bayon

 

Bibliographie et notes 

 

1 - Le Journal des Bayonnais, revue municipale, 2011, n° 11 (janvier), p. 4 (délibération du Conseil municipal) et 11 (biographie d’H. Gaudel, notice nécrologique parue dans Le Pays lorrain en 1954).

2 - M. Toussaint, « Henri Gaudel », notice nécrologique, Le Pays lorrain, 1954, 35e année, vol. 12, n° 1, p. 154.

3 - H. Tribout de Morembert, « Gaudel Henri », Dictionnaire de biographie française, 1982, vol. 15, colonne 697, n° 2.

4 - A. Ronsin, « Gaudel Henri », Les Vosgiens célèbres, Dictionnaire biographique illustré (ouvrage collectif sous la direction d’Albert Ronsin), Editions Gérard Louis, Vagney, 1990, p. 157-158. Louis Gaudel, frère d’Henri, fait l’objet à cette dernière page d’une monographie rédigée par P. Heili.

5 - http://genealogie.gaudel.pagesperso-orange.fr/ (La grande famille de tous les Gaudel). Consulté le 30 septembre 2012.

6 - http://genealogie.gaudel.pagesperso-orange.fr/personne1479.htm (Descendants et apparentés de Nicolas et Georges Gaudel de Taintrux). Consulté le 30 septembre 2012.

7 - H. Gaudel « Quand j’étais potard… », Bulletin de l’Association des anciens étudiants de la Faculté de pharmacie de Nancy, 1929-1930, n° 17, p. 62-64.

8 - Dans l’Est de notre pays à cette époque, il n’y a qu’une seule école de pharmacie permettant la poursuite d’études en vue du diplôme de 1e classe. Située à Strasbourg, elle est transférée à Nancy en 1872 avec une partie de ses professeurs et ses archives. Certaines pièces sont restées à Nancy en 1919 quand l’école de Strasbourg a été reconstituée.

9 - Archives de la faculté de pharmacie de Nancy.

En 1929 ou 1930, Henri Gaudel a offert au musée de la faculté de Nancy deux diplômes de pharmacien datant, l’un de 1836 et l’autre de 1867, et provenant de l’école de pharmacie de Strasbourg. Il s’agit très vraisemblablement de celui de son grand-père et de celui de son père. Ceci permet de penser que le grand-père d’H. Gaudel a été diplômé de Strasbourg en 1835 (Bulletin de l’Association des anciens étudiants de la Faculté de pharmacie de Nancy, 1929-1930, n° 17, p. 20).

C’est au moment de ce don qu’H. Gaudel adhère à l’association dont le bulletin paraît jusqu’au numéro 25 en 1938. Son nom figure parmi ses membres dans tous les bulletins de ces années. Bien que n’étant pas diplômé, il est inscrit dans la promotion 1899, l’année où il a été reçu à l’examen de validation de stage.

Au tout début du XIXe siècle, un pharmacien du nom de Gaudel exerce à Epinal. Il s’agit peut-être d’un membre de la famille (Archives du musée de la faculté de médecine de Nancy, document 156-8903).

10 - H. Gaudel, « Quand j’étais potard... », référence 7.

11 - Généalogie Gaudel, référence 6.

12 - H. Gaudel, « Quand j’étais potard... », référence 7.

13 - Dossier d’admission d’Henri Gaudel, archives de l’Académie de Stanislas, Nancy, 1923.

14 - Archives de la Faculté de pharmacie de Nancy.

15 - H. Gaudel, « Quand j’étais potard... », référence 7.

16 - Dossier d’admission à l’Académie de Stanislas, référence 13.

17 - Archives des Vosges, 1 R 1503, n° 1362, registre matricule d’Henri Gaudel, 1899-1927 (classe 1899, bureau de recrutement d’Epinal).

18 - Fiche d’élève d’Henri Gaudel, référence 14.

19 - Dossier d’admission à l’Académie de Stanislas, référence 13.

20 - Communication de M. Gérard Gaudel, 16 juillet 2016.

21 - Bulletin de l’Association des anciens étudiants de la Faculté de pharmacie de Nancy, du numéro 19, 1931-1932, au numéro 25, 1937-1938 : La jaune et la verte ; Euzébie, ma bonne amie ; La Phrasie a des chaurées ; Un pur ; L’héritage de l’« onque » Victor ; Batisse et Batisse ; Les dragées de Vénus ; Le phonographe ; Not’Arsène va passer son certificat ; Le savarin de la Zélie ; La mauvaise dent du Nénesse ; La sixième tranche ; Le Coliche a été au dispensaire ; Le Batisse veut divorcer ; Sa voix ; Le vieux cocher ; Salut ô mirabelle.

22 - Registre matricule, référence 17.

23 - Dossier d’admission à l’Académie de Stanislas, référence 13.

24 - Dossier d’admission..., référence 13.

25 - « Léonore », base de données sur les titulaires de la Légion d’honneur, dossier de proposition d’H. Gaudel pour le grade de chevalier, 1933, 10 pièces. Archives nationales, site de Fontainebleau, cote 19800035/71/8766. Disponible en ligne.

26 - A. Ronsin, Les Vosgiens célèbres..., référence 4.

27 - Registre matricule, référence 17.

28 - http ://www.mairie-bayon.fr/gaudel.html (Biographie d’Henri Gaudel). Consulté le 30 septembre 2012.

29 - P. d’Arbois de Jubainville, Table alphabétique des publications de l’Académie de Stanislas (1901-1950), Nancy, imprimerie Georges Thomas, 1952, p. 47.

30 - B. Estève, rapport sur le prix Stanislas de Guaïta, séance publique du 24 décembre 1922, Académie de Stanislas, Mémoires de l’Académie de Stanislas, 1922-1923, 6e série, vol. 20, p. XLII-LII.

31 - Le Prix Erckmann-Chatrian est, avec le Prix Goncourt, le plus ancien des prix littéraires actuellement décernés et il est souvent appelé le « Goncourt lorrain ». Sa première attribution date de 1925. Son histoire, depuis le 17 juillet 1913, est disponible en ligne (ecrivosges.com/prixconcours/erckmann.php).

32 - J. Tommy-Martin et J.-C. Bonnefont, Table alphabétique des publications de l’Académie de Stanislas (1950-2000), imprimerie municipale, Nancy, 2003, p. 77.

33 - P. d’Arbois de Jubainville, Table alphabétique..., référence 29.

34 - J. Tommy-Martin et J.-C. Bonnefont, Table alphabétique..., référence 32.

35 - Site internet de la mairie de Bayon, référence 28.

36 - C. Sadoul, Le Pays lorrain, Table alphabétique générale, Editions du Pays lorrain, Nancy, 1929, p. 31.   

37 - Le Pays lorrain, Table alphabétique générale 1929-1989, volumes 21-70, Société d’archéologie lorraine et du Musée lorrain, Nancy, numéro hors série, 1990, vol. 71, p. 36.

38 - C. Sadoul et R. Cuénot, Le Pays lorrain, Table alphabétique générale 1904-2000, Société d’histoire de la Lorraine et du Musée lorrain, Nancy, 2002, p. 60.

39 - Bulletin de l’Association des anciens étudiants..., référence 21.

40 - M. Toussaint, Le Pays lorrain, référence 2.

41 - Communication personnelle de Monsieur André Brenon, de Bayon, à qui j’exprime ma vive gratitude pour les nombreuses informations qu’il m’a très aimablement communiquées en octobre, novembre et décembre 2012.

42 - Généalogie Gaudel, référence 6.

43 - Communication personnelle de Monsieur André Brenon.

44 - Annuaire de Lorraine, Guide du commerçant, de l’industriel et du voyageur, Meurthe-et-Moselle, 1929, imprimerie Humblot et Cie, Nancy, 1929, p. 1115.

45 - M. Toussaint, Le Pays lorrain, référence 2.

46 - M. Caffier, « Gaudel (Henri) », Dictionnaire des littératures de Lorraine, Editions Serpenoise, Metz, 2003, vol. 1., p. 417-418.

47 - Dossier d’admission à l’Académie de Stanislas, référence 13.

48 – « Léonore », référence 25.

49 - La fonction de délégué cantonal est créée par la loi Goblet du 30 octobre 1886. Un délégué au moins est désigné par le Conseil départemental pour chaque canton, en vue de surveiller des écoles laïques et privées pré-désignées, pour tout ce qui concerne les locaux, le matériel, l’hygiène et la tenue, à l’exclusion de toute intervention dans l’enseignement. La fonction dure trois années, elle est gratuite et reconductible mais révocable, et conduit à la production de rapports. En dehors de s’assurer que les enfants bénéficient de bonnes conditions de vie et de travail scolaires, la fonction est également politique en ce sens qu’elle a aussi pour but l’enracinement de l’esprit républicain au sein de la nation.

50 – « Léonore », référence 25.

51 - « Hommage à Henri Gaudel (remise de la croix de la Légion d’honneur par Fernand Rousselot) », Le Pays lorrain, Nancy, 1933, 25e année, n° 5, p. 87, 89 et 91. 

52 - Aujourd'hui respectivement chevalier et officier des Palmes académiques. Il n’y a alors pas de grade plus élevé pour cette distinction.

53 – « Léonore », référence 25.

54 - A propos du mot « républicain » et du sens à lui donner selon les moments, on pourra consulter l’ouvrage du professeur F. Roth : La Vie politique en Lorraine au XXe siècle, Presses universitaires de Nancy/Editions Serpenoise, Nancy/Metz, 1985, 173 p., passim.

55 - N. Coisel, « Gaudel Louis », Dictionnaire de biographie française, 1982, vol. 15, col. 697, n° 3.

56 - C.F., « Rucart (Marc Emile) », dans Yvert B. (sous la direction de), Dictionnaire des ministres 1789-1999, Perrin, Paris, 1990, p. 604.

57 - Rothiot J.-P., « Rucart (Marc) 1893-1964 », dans : El Gammal J. (sous la direction de), Dictionnaire des parlementaires lorrains de la Troisième République, Editions Serpenoise, Metz, 2006, p. 404-406.

 

Le quartier des Trois-Maisons à Nancy, berceau de l'historien-écrivain Jean-Marie CUNY, fut le cadre d'un roman d'Henri GAUDEL : "Le Caïd des Trois-Bagnoles"

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