La grande famille de tous les GAUDEL

Deux GAUDEL tombent aux Eparges le 5 mai 1915

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En ce début de XXIè siècle, Les Eparges, village du département de la Meuse, est un havre de paix dans un site aux doux reliefs de collines boisées, véritable paradis pour les amoureux de la nature. Situé à 25 kilomètres au sud-est de Verdun, il n'est qu'à trois kilomètres du village de Combres sous les côtes, réputé aujourd'hui pour son vin léger tiré des cépages d'Auxerois, de Chardonnay ou de Pinot-Noir. Quel bonheur de grimper dans les vignobles de Combres, traverser l'Eperon des Eparges, sorte de butte témoin des côtes de Meuse, et redescendre sur le village des Eparges baigné par le ruisseau du Longeau.

L'Eperon des Eparges depuis Combres sous les Côtes

C'est beau mais ... cette petite escapage qui aura duré moins d'une heure nous replonge un siècle en arrière quand français, installés aux Eparges, combattaient les envahisseurs allemands basés à Combres. Les deux camps se livrèrent de terribles combats pour gagner cet éperon stratégique dominant la plaine de la Woëvre. De nombreuses traces telles que cratères de mines, tranchées, entrées de sapes, monuments et cimetières rapellent cette douloureuse période.

Les combats les plus violents se déroulèrent entre février et mai 1915, période durant laquelle près de 20 000 soldats français et allemands périrent et près de 100 000 furent blessés.

Alain FOURNIER, l'auteur du grand Meaulnes tomba dans ce secteur en septembre 1914. On peut se recueillir devant "la fosse" où il fut enterré en hâte avec ses camarades d'infortune et sur sa tombe à Saint Rémy La Calonne.

Un autre écrivain célèbre, Maurice GENEVOIX, jeune sous lieutenant au 106è R.I. y fut blessé et rapporta dans "Ceux de 14" toute l'horreur de ces combats avec précision et réalisme. On peut se recueillir sur la tombe de son camarade d'arme PORCHON au cimetière du "Trottoir" que l'on traverse en regagnant le village des Eparges qui termine notre petite randonnée.

Et puis ... il y a ces milliers d'anonymes dont près de la moitié ne furent jamais retrouvés, hachés, disloqués par les bombes.

Triste hasard, parmi eux, deux GAUDEL, qui ne se connaissaient probablement pas. Prudence GAUDEL et Jean Baptiste GAUDEL tombèrent et disparurent le 5 mai 1915 au combat de la "Tranchée de Calonne"*. C'est à travers eux que ces quelques évocations rendent hommage à toutes les victimes de ces combats.

Prudence GAUDEL, né en 1885 à Labaroche, Haut Rhin, appartient à la branche de Paulus d'Orbey. Avant la guerre, il est ouvrier aux filatures de Vincey, Vosges. Il est marié et père de deux petites filles. Mobilisé, il est soldat de 2è classe à la 8è compagnie du 170è Régiment d'Infanterie.

Son homonyme, Jean Baptiste GAUDEL, est né à Plainfaing, Vosges en 1890. Il appartient à la branche de Georges d'Orbey. Il est ouvrier d'usine à Dombasle sur Meurthe, à proximité de Nancy. Marié et père d'une petite fille, en 1915, il est soldat de 2è classe à la 7è compagnie du 170è Régiment d'Infanterie.

Le 5 mai 1915, le front s'est légèrement déplacé de l'Eperon des Eparges. Les combats les plus durs se déroulent maintenant à proximité du "Carrefour de la Calonne" (carrefour central), croisement de deux chemins ainsi nommé par Maurice GENEVOIX. L'un des chemins est la "Tranchée de Calonne"*, l'autre est le chemin qui relie les villages des Eparges à celui de Mouilly distants de six kilomètres. De nombreux soldats stationnent à Mouilly avant de monter au front des Eparges par ce "Chemin de la relève". C'est ici que Maurice Genevoix est blessé quelques jours plus tôt, le 25 avril 1915.

Cette journée du 5 mai 1915 est décrite avec froideur et précision dans le journal des marches et opérations du 170è R.I. consultable sur SGA-Mémoire des Hommes. Le shéma ci dessus tiré de ce journal indique clairement les positions des 7è et 8è compagnies où servent les deux GAUDEL.

JOURNAL des MARCHES et OPERATONS du 170è R.I.

Journée du 5 mai 1915

5 mai 1915 :

4 Heures

Bombardement extrêmement violent sur toute l’étendue du secteur. Sur le front les Allemands lancent des bombes nombreuses et puissantes qui détruisent les parapets dans la partie centrale de la ligne.

Le capitaine commandant le 2ème bataillon (capitaine COCAGNE) est tué dans son abri.

10 Heures

Le bombardement qui a duré 6 heures cesse brusquement. Quelques pièces seulement tirent sur la 2ème ligne.

10 Heures 5

L’infanterie allemande prononce une violente attaque sur tout le front (lignes de tirailleurs suivies de petites colonnes qui renforcent la chaîne aux arrêts).

Cette attaque est principalement dirigée :

1°- à droite de la ligne sur le centre de la 11ème compagnie et la droite de la 10ème. La ligne allemande atteint le réseau de fil de fer qu’elle ne peut franchir ; les pertes subies sont élevées.

2°- à gauche l’ennemi exécute plusieurs attaques qui toutes échouent, les éléments allemands se replient définitivement sur leurs tranchées.

3°- au centre où les réseaux de fil de fer ont été brisés par les mineurs ---, et, grâce aux effectifs élevés mis en lignes, l’attaque atteint la ligne à gauche de la 9ème et la droite de la 8ème compagnie. L’ennemi jette aussitôt des patrouilles dans le bois, patrouilles qui atteignent la route des Eparges.

A l’ouest de la trouée produite, la 9ème compagnie se forme en crochet défensif et résiste énergiquement à la pression de l’ennemi.

A l’est de la trouée les 8ème et 5ème compagnies qui continuent la défense face en avant, dans la tranchée, sont bientôt débordées par l’adversaire qui s’empare de plusieurs fractions.

La tranchée de 1ère ligne est évacuée sur un front de 200 m environ.

La 7ème compagnie fait un barrage sur la droite et continue la résistance face en avant.

10 Heures 15

Dès l’instant où l’ennemi commence sa progression dans le bois, le capitaine commandant le 2ème bataillon qui dispose de la 6ème compagnie (renfort) porte un peloton en avant pour l’arrêter et établit un peloton dans les retranchements qui bordent au nord la route des Eparges afin de s’opposer à l’infiltration des petits groupes allemands. (Ces tranchées sont occupées par des éléments du 311ème).

10 Heures 30

Le lieutenant colonel reçoit par communication verbale connaissance de la situation :

Ordre donné : Les 1ère et 2ème compagnies mettent immédiatement une section à la disposition du 3ème bataillon pour renforcer la gauche de sa ligne.

Avec l’autorisation du commandant du secteur de disposer des unités de réserve (3ème et 4ème), ces deux compagnies reçoivent l’ordre de se poster vers le 2ème bataillon, dans le but de refouler l’ennemi et l’obliger à évacuer la tranchée et le boyau dont il vient de s’emparer.

11 Heures 15

Le capitaine commandant le 2ème bataillon fait appuyer le peloton qui fait face aux Allemands par le second peloton de la 6ème compagnie.

11 Heures 30

Les compagnies du 1er bataillon (3ème et 4ème) rejoignent la 6ème compagnie et prononcent avec celle-ci une vigoureuse attaque qui est enrayée par une section de mitrailleuses établie dans le boyau par les Allemands.

12 Heures 40

Un bataillon de tirailleurs marocains demandé par le lieutenant colonel du 170 atteint la route des Éparges (100 m à l’est du carrefour).

Trois compagnies sont portées à l’appui des unités du 2ème bataillon.

Une compagnie est envoyée en renfort du 3ème bataillon en vue de soutenir la gauche.

14 Heures

Le lieutenant colonel organise une contre attaque comprenant deux groupes :

L’un, à gauche composé de 3 compagnies marocaines aux ordres du capitaine de VILLARD, l’autre à droite comprenant 3 compagnies du 170 aux ordres du capitaine GASSER, commandant le 2ème bataillon.

14 Heures 30

A 14 heures 30, la contre attaque se met en mouvement au signal de la charge donnée par le clairon du 2ème bataillon.

Les 2 colonnes sont établies de part et d’autre du boyau dont l’ennemi est en possession sur une longueur de 80 m environ.

Les Allemands résistent mollement puis évacuent le boyau et se retirent sans s’arrêter sur la tranchée de première ligne qui est enfin réoccupée.

Le mouvement des éléments de contre attaque s’est trouvé facilité par l’entrée en action à la gauche du groupe comprenant les 3 compagnies marocaines, les 2 unités de tirailleurs marocains mises à la disposition du 25ème bataillon de chasseurs à pied.

Pendant la nuit du 5 au 6 mai, les éléments quelque peu mélangés se réorganisent.

Le 3ème bataillon du 170 est maintenu sur le front ; le 2ème bataillon est retiré en raison de ses pertes élevées et remplacé par un bataillon de tirailleurs marocains.

Le 2ème bataillon est établi au repos à hauteur du carrefour des Trois Jurés. Le 1er bataillon reste en position.

La nuit du 5 au 6 mai est relativement calme. Fusillade courte et intermittente sur le front. Peu de tir d’artillerie.

Le rédacteur du journal, inscrit ensuite la triste comptabilité des pertes de la journée. Pour ce seul jour du 05 mai 1915, le 170è R.I. compte 225 blessés, 285 disparus, 116 morts, soit 626 soldats tombés ou 15% du régiment !!

Dans les interminables listes des victimes de ce jour, deux noms nous interpellent ...

Quelques précisions générales :

* Contrairement à ce que laisserait supposer son nom, La "tranchée de Calonne" n'est pas une tranchée militaire mais une tranchée forestière, c'est à dire une route forestière longue de 25 kilomètres, quasi-rectiligne, reliant Verdun à Hattonchâtel. Elle fut construite vers 1786 par Charles Alexandre de CALONNE, ministre de Louis XVI. Pendant la Première Guerre mondiale, la Tranchée de Calonne fut l'enjeu de combats acharnés.

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